Embaucher un salarié étranger en France : droit au séjour, autorisation de travail et obligations
Sécuriser le recrutement d’un travailleur étranger : titres de séjour, autorisation de travail, formalités, taxe OFII et sanctions.
Notre fiche pratique vous aide à :
- Comprendre la différence entre ressortissants européens et non européens
- Identifier les titres de séjour autorisant ou non le travail
- Savoir quand demander une autorisation de travail via l’ANEF
- Vérifier les conditions liées à l’emploi, à l’employeur et à la rémunération
- Effectuer le contrôle obligatoire auprès de la préfecture
- Anticiper la taxe OFII et les formalités d’embauche
- Sécuriser le statut du salarié étranger dans l’entreprise
- Mesurer les risques administratifs et pénaux en cas d’irrégularité

Le contenu de la fiche pratique
Recruter un travailleur étranger en France implique de vérifier méthodiquement son droit au séjour, de déterminer si une autorisation de travail est exigée, d'accomplir des formalités obligatoires et d'anticiper des sanctions parfois très lourdes. Cette fiche détaille chaque étape pour sécuriser votre embauche.
Entre droit au séjour, autorisation de travail, contrôle préfectoral et taxe versée à l'OFII, l'employeur doit articuler plusieurs obligations distinctes. Une erreur peut exposer l'entreprise à des amendes administratives et à des poursuites pénales. Voici comment procéder pas à pas.
1. Vérifier le droit au séjour du candidat
Avant toute démarche d'autorisation de travail, il faut s'assurer que la personne dispose du droit de séjourner en France. Les formalités à accomplir dépendent en effet directement du titre de séjour détenu par le candidat.
Les ressortissants européens
Les ressortissants de l'Union européenne ne sont soumis à aucune exigence de visa pour séjourner en France. Il en va de même pour les ressortissants de l'Espace économique européen (Islande, Norvège, Liechtenstein) et pour les Suisses. Ces personnes peuvent demander un titre de séjour, mais cette démarche reste facultative.
Les ressortissants non européens
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impose de détenir un titre de séjour pour rester en France au-delà de 3 mois. Dans ce domaine, il faut toujours vérifier si une convention bilatérale a été signée entre la France et l'État concerné et, le cas échéant, s'y référer en priorité.
Les titres autorisant leur titulaire à séjourner en France plus de 90 jours sont les suivants :
- le visa long séjour valant titre de séjour (VLS-TS) : conjoint de Français, salariés étrangers, etc. ;
- le récépissé de demande ou de renouvellement de titre de séjour ;
- l'attestation de prolongation d'instruction ;
- l'autorisation provisoire de séjour (APS) ;
- la carte de séjour temporaire (CST) ou le certificat de résidence algérien ;
- la carte pluriannuelle de séjour ;
- la carte de résident ;
- la carte de résident permanent.
Les titulaires d'un titre de séjour « résident longue durée-UE » octroyé par un autre État membre de l'UE bénéficient d'une exemption de visa pour venir en France. Ils devront toutefois demander une carte de séjour temporaire dans les 3 mois suivant leur arrivée s'ils souhaitent s'y installer.
En l'absence de l'un de ces titres, une personne ne peut ni séjourner sur le territoire français ni y travailler.
Les visas de court séjour autorisant exceptionnellement le travail
Certains visas « court séjour » permettent malgré tout à leur titulaire de travailler, lorsqu'il vient en France dans un cadre spécifique :
- manifestations sportives, culturelles, artistiques et scientifiques ;
- colloques, séminaires et salons professionnels ;
- production et diffusion cinématographiques, audiovisuelles, du spectacle et de l'édition phonographique, en tant qu'artiste ou personnel technique ;
- mannequinat et pose artistique ;
- emploi de maison pendant le séjour en France d'un employeur particulier ;
- missions d'audit et d'expertise en informatique, gestion, finance, assurance, architecture et ingénierie en tant que salarié détaché sous contrat ;
- enseignement dispensé en tant que professeur invité.
2. Déterminer si une autorisation de travail est nécessaire
Une obligation légale
Pour embaucher un salarié étranger autorisé à séjourner en France, la loi exige qu'il soit titulaire d'une autorisation de travail. Cette autorisation peut être :
- soit directement incluse dans le titre de séjour : dans ce cas, aucune autorisation spécifique n'est à demander ;
- soit non intégrée : il revient alors à l'employeur de demander une autorisation de travail avant l'embauche.
Si le titre de séjour n'autorise pas le salarié à travailler, l'employeur doit déposer une demande auprès de l'ANEF (Administration numérique pour les étrangers en France). Une fois l'autorisation accordée, le recrutement peut intervenir.
Ne sont pas concernés par cette obligation les ressortissants de l'UE, de l'EEE et de la Suisse.
Les quatre conditions d'octroi de l'autorisation
Pour être accordée, la demande d'autorisation de travail doit respecter quatre conditions cumulatives.
L'emploi proposé. Pour que l'autorisation soit octroyée par l'ANEF, il faut soit que l'emploi figure sur la liste des métiers en tension (établie par zone et actualisée une fois par an), soit que l'employeur ait publié une offre d'emploi pendant 3 semaines consécutives au cours des 6 mois précédant le dépôt de la demande, auprès des organismes concourant au service public de l'emploi (France Travail par exemple), sans que cette offre ait été pourvue. Pour les travailleurs saisonniers, une seule offre publiée et non pourvue suffit à embaucher plusieurs travailleurs, à condition que l'emploi soit similaire pour tous.
L'employeur. Il doit respecter ses obligations sociales, ne pas avoir été condamné pénalement ou sanctionné administrativement (travail illégal, infractions aux règles générales de sécurité, atteinte à la personne humaine, faux et usage de faux, aide à l'entrée au séjour irrégulier, méconnaissance des règles du détachement temporaire) et fournir une attestation de moins de 6 mois du versement des cotisations sociales à l'organisme chargé de leur recouvrement. Pour un travailleur saisonnier, il doit également prouver que le salarié disposera d'un logement et de conditions de vie décents.
La rémunération. Le salarié doit être rémunéré au minimum au SMIC ou au minimum conventionnel.
La profession réglementée. Si la profession est réglementée, le salarié doit remplir les conditions réglementaires d'exercice.
Tableau récapitulatif des titres de séjour
| Titre de séjour | Travail sans demande spécifique | Remarques |
|---|---|---|
| Ressortissant UE/EEE/Suisse | Pas concerné (dispense de plein droit) | — |
| Carte de résident | Oui | Aucune restriction |
| Carte pluriannuelle « talent » | Oui | Limitée à l'activité pour laquelle la carte a été délivrée ; rémunération minimale ou condition de ressources variable selon la nature (salarié qualifié, carte bleue européenne, etc.) |
| Carte pluriannuelle « talent (famille) » | Oui | Aucune restriction |
| CST « stagiaire ICT (famille) » | Oui | Durée limitée à la convention de stage ; pas de restriction sur l'activité exercée |
| Carte pluriannuelle « travailleur saisonnier » | Non | Demande d'autorisation de travail par l'employeur, pour chaque nouveau contrat |
| Carte pluriannuelle « salarié détaché ICT » | Oui | Limitée à l'activité pour laquelle elle a été délivrée |
| VLS-TS ou CST « salarié » / « travailleur temporaire » | Non | Demande d'autorisation par l'employeur, pour chaque nouveau contrat ou modification substantielle |
| CST ou pluriannuelle « étudiant » / « étudiant-programme de mobilité » (sauf Algérien) | Oui | Limitée à 60 % de la durée annuelle de travail : pas d'autorisation à demander |
| Étudiant Algérien | Non | Autorisation nécessaire ; durée plafonnée à 50 % de la durée annuelle de travail |
| CST ou pluriannuelle « vie privée et familiale » | Oui | Aucune restriction |
| Visa vacances-travail | Oui | Aucune restriction |
| Récépissé (1re demande/renouvellement) mention « autorise son titulaire à travailler » | Oui | Dans les mêmes conditions que le titre de séjour demandé |
| CST « recherche d'emploi ou création d'entreprise » | Oui | Limitée à une activité liée aux études/recherches ; rémunération au moins égale à 2734,55 € brut |
| APS des parents d'enfants soignés en France | Oui | Aucune restriction |
| Carte « membre de la famille d'un citoyen UE/EEE/Suisse - toutes activités » | Oui | Aucune restriction |
| Carte pluriannuelle « protection subsidiaire » ou « statut d'apatride » | Oui | Aucune restriction |
| Récépissé 1re demande mention « N'autorise PAS à travailler » ou sans mention spécifique | Non | Ne permet pas de travailler |
| Attestation de demande d'asile | Non | Pas de travail durant les 6 premiers mois ; au-delà, autorisation provisoire de travail nécessaire |
| APS mention « N'autorise PAS à travailler » ou sans mention spécifique | Non | Autorisation provisoire de travail nécessaire |
| CST et VLS-TS mention « visiteur » | Non | Interdiction de travailler |
| CST et VLS-TS mention « retraité » ou « conjoint de retraité » | Non | Ne permet pas de travailler |
| CST et VLS-TS mention « stagiaire » | Non | Interdiction de travailler hors stage |
| Titre de séjour délivré par un autre État membre de l'UE | Non | Ni séjour ni travail en France : un visa de long séjour doit être demandé |
| Visa de court séjour (VCS) | Non sauf exceptions | Autorisation provisoire de travail nécessaire |
3. Accomplir les formalités obligatoires
Le contrôle du droit au séjour
Qu'une autorisation de travail soit ou non nécessaire, une fois le titre de séjour recueilli, l'employeur doit en faire vérifier l'authenticité auprès de la préfecture du lieu d'embauche (ou du préfet de police à Paris), au moins 2 jours ouvrables avant la date d'embauche. Il s'agit d'une formalité obligatoire.
Aucune vérification n'est requise si le salarié est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi ou s'il s'agit d'un intérimaire. En l'absence de réponse de la préfecture dans les 2 jours ouvrables suivant la réception de la demande, l'obligation de l'employeur est considérée comme remplie. L'employeur doit conserver la copie du titre ainsi que la preuve de la vérification, en cas de contrôle.
Les obligations du travailleur étranger
Dans les 3 mois suivant la délivrance de l'autorisation de travail, le travailleur étranger doit passer une visite médicale auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Dans certains cas, il doit aussi suivre un parcours personnalisé d'intégration républicaine, qui peut comprendre :
- une formation civique ;
- une formation linguistique ;
- un accompagnement facilitant son autonomie et son intégration dans la société française.
La taxe pour l'embauche d'un travailleur étranger
Dans certaines situations, l'employeur doit verser une taxe à l'OFII :
- lors de la première admission au séjour d'un étranger en France (travailleur ou salarié détaché par une entreprise non établie en France) pour l'exercice d'une activité salariée soumise à autorisation de travail ;
- lorsqu'un étranger déjà présent en France obtient, pour la première fois, un titre pour motif professionnel (par exemple un étudiant obtenant un titre de séjour « salarié »).
La taxe n'est pas due pour les ressortissants européens ni pour les titulaires d'un titre de séjour « talent ».
| Type de contrat | Salaire brut | Montant de la taxe |
|---|---|---|
| Contrat entre 3 et 12 mois | Inférieur ou égal à 1823,03 € | 74 € |
| Contrat entre 3 et 12 mois | Entre 1823,03 € et 2734,55 € | 210 € |
| Contrat entre 3 et 12 mois | Au-delà de 2734,55 € | 300 € |
| Contrat de plus de 12 mois | Moins de 4557,58 € | 55 % du salaire mensuel brut |
| Contrat de plus de 12 mois | Au moins 4557,58 € | 2506,67 € |
| Travailleur saisonnier | — | 50 € par mois |
Les formalités à l'embauche
Dès que l'employeur est certain de pouvoir embaucher le salarié, il accomplit les formalités d'embauche classiques : déclaration préalable à l'embauche (DPAE), inscription au registre du personnel, visite médicale, information du salarié sur la relation de travail, etc. Si l'étranger n'a jamais été immatriculé à la sécurité sociale, et ne dispose donc pas de numéro de sécurité sociale, c'est à l'employeur d'effectuer la demande d'immatriculation via le site Ameli.
4. Sécuriser le statut du salarié étranger dans l'entreprise
Une fois embauché, le travailleur étranger bénéficie des mêmes droits qu'un ressortissant français. Toute différence de traitement illicite fondée sur la nationalité du salarié, ou du candidat, est considérée comme discriminatoire.
Le Code du travail prévoit néanmoins quelques particularités :
- le registre du personnel mentionne le type et le numéro d'ordre du titre valant autorisation de travail, et une copie du titre y est annexée ;
- le CSE doit être informé des conditions de logement des travailleurs étrangers dans les entreprises d'au moins 50 salariés ;
- les salariés étrangers justifiant de contraintes géographiques peuvent prendre 5 semaines d'affilée de congés payés ;
- le salarié et son conjoint ont droit à un congé non rémunéré pour acquisition de la nationalité, afin d'assister à la cérémonie d'accueil dans la citoyenneté française ;
- des formations en français peuvent être proposées dans le cadre du plan de développement des compétences ;
- un étranger signataire du contrat d'intégration républicaine peut suivre sa formation en français durant son temps de travail, dans la limite de 80 heures au total.
5. Mesurer les risques de sanctions
Embaucher un salarié sans titre de séjour valide ou sans autorisation de travail expose l'employeur à des risques importants. Celui qui recrute ou conserve un salarié étranger sans titre l'autorisant à travailler peut être assujetti à une amende administrative prononcée par le ministre chargé de l'immigration.
Le montant maximal correspond à 5 000 fois le taux horaire du salaire minimum garanti par étranger, et 15 000 fois en cas de réitération ; l'amende est appliquée autant de fois qu'il y a d'étrangers concernés.
Au-delà des sanctions administratives, l'employeur peut être condamné pénalement à 5 ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende. Sur le plan des ressources humaines, l'emploi irrégulier peut bloquer ou faire échouer le processus de recrutement, voire conduire à la rupture d'un contrat en cours si le refus ou le retrait de titre prive le salarié du droit au travail.
Questions fréquentes
Un ressortissant de l'Union européenne a-t-il besoin d'une autorisation de travail ?
Non. Les ressortissants de l'UE, de l'EEE (Islande, Norvège, Liechtenstein) et de la Suisse bénéficient d'une dispense de plein droit : ils ne sont pas concernés par l'autorisation de travail et n'ont aucune démarche spécifique à effectuer pour être embauchés.
Le contrôle du titre de séjour auprès de la préfecture est-il toujours obligatoire ?
Oui, dans la plupart des cas. L'employeur doit faire vérifier l'authenticité du titre auprès de la préfecture au moins 2 jours ouvrables avant l'embauche. Cette vérification n'est toutefois pas requise pour un salarié inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi ou pour un intérimaire.
Quelles sanctions en cas d'embauche d'un salarié étranger sans autorisation de travail ?
L'employeur encourt une amende administrative pouvant atteindre 5 000 fois le taux horaire du salaire minimum garanti par étranger (15 000 fois en cas de réitération), ainsi qu'une condamnation pénale pouvant aller jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende.
Fiche rédigée par le service juridique de Paie & RH Solutions — Dernière mise à jour le 15/06/2026.
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- Sécuriser chaque embauche de salarié étranger
- Éviter les amendes administratives et pénales lourdes
- Comprendre clairement quels titres autorisent le travail
- Maîtriser la procédure ANEF et le contrôle préfectoral
- Anticiper la taxe OFII et les obligations sociales
- Protéger votre entreprise contre les risques liés au travail illégal




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